la vanité nationale trouble la perception de la réalité historique et entretient une névrose collective

Le 28 mai 2023, lors d’un entretien sur Radio J, la première ministre Elisabeth Borne a qualifié le Rassemblement national (RN) d’héritier de Pétain. Deux jours après, c’est le drame, jusqu’en Conseil des ministres.
Oui, le Front national (FN) a été fondé en 1972 par Jean-Marie le Pen et Pierre Bousquet. Le premier n’avait que 16 ans en 1944, mais le second était un ancien Rottenführer [caporal] de la 33. Waffen-Grenadier-Division der SS Charlemagne, qui fut formée après que par décret au Journal officiel du 22 juillet 1943, l’État français eut permit les engagements dans la Schutzstaffel (SS).
Oui, Philippe Pétain a été le dirigeant entre 1940 et 1944 de l’État français, un gouvernement fasciste qui s’appuyait sur la traditionnelle extrême-droite anti-dreyfusarde, des fascistes plus récents et les habituelles cohortes de fonctionnaires serviles, qui par atavisme, s’adaptent à tout contexte politique. Certaines de ses figures étaient d’anciens socialistes, comme Pierre Laval ou Marcel Déat.
Non, la France n’a pas résisté de la façon dont la mythologie gaulliste tend à le laisser croire. Les 40 millions de Français ont compté environ 30 000 résistants, toutes activités confondues, en renseignement ou dans les maquis. En revanche, l’État français alignait environ 30 000 miliciens de Joseph Darnand et quelques 160 000 policiers et gendarmes, qui ont été les auxiliaires zélés des nazis allemands, contre les communistes, Juifs et résistants. L’armée et ses futurs héros, Alphonse Juin ou Jean de Lattre de Tassigny, etaient vichystes. Elle n’a repris le combat qu’en novembre 1942, après que que les forces anglo-américaines lui aient botté le train en Afrique du Nord. François Mitterrand était encore dans les années 80 un ami proche de René Bousquet, ancien Secrétaire général de la police de vichy et organisateur de la rafle du Vel’d’hiv’.
Le plus hilarant est pour la fin, un symptome contemporain. En Conseil des ministres, le 30 mai, Emmanuel Macron recadre [je déteste cette expression, qu’emploient souvent les très nombreux courtisans d’une presse française que Philippe Henriot ne renierait pas] Elisabeth Borne. Il ne lui reproche pas une attaque injustifiée contre le RN, mais plutôt un argument qui serait désué. La violence de sa réaction démontre qu’il ne l’est pas. En réalité, Macron a déjà tenté de réhabiliter Pétain le 11 novembre 2018.
